— Publié le 2 avril 2025

Cortina, le match que l’Italie ne voulait absolument pas perdre face au CIO

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Le gouvernement italien avait mis un point d’honneur à ce que le chantier du centre de glisse de Cortina aille à son terme. Hors de question de subir l’affront de voir les épreuves de bobsleigh, luge et skeleton se dérouler dans un autre pays. Contre l’avis du Comité international olympique, les autorités italiennes ont donc mis le paquet sur la rénovation de la piste Eugenio Monti, utilisée lors des Jeux d’hiver 1948. Et réussi la performance d’obtenir la pré-homologation dans les temps, après seulement treize mois de chantier, et à dix mois de l’ouverture des Jeux.

Des JO « made in Italy » à tout prix

Soixante athlètes ont dévalé la nouvelle piste la semaine passée, sous l’œil attentif de représentants des deux fédérations internationales concernées, la FIL (luge) et l’IBSF (bobsleigh et skeleton). Les avis sont unanimes. « C’est un endroit historique pour le bobsleigh et ce sera super de pouvoir l’ajouter au calendrier. La piste est amusante, elle a quelques virages techniques en hauteur mais aussi des virages qui sont très rapides. Cela combine différents styles de pilotage, je crois qu’il y en a pour tous les goûts », explique l’Américaine Kaillie Humphries Armbruster. « Les retours que nous avons reçus de nos experts techniques, des entraîneurs et des athlètes présents sur place ont été très positifs. Nous sommes ravis de ce résultat, toute la communauté du bobsleigh et du skeleton a hâte de revenir ici », abonde le président de l’IBSF, Ivo Ferriani. L’une des plus belles pistes du monde, carrément, selon Fabio Saldini, PDG de la Société en charge des infrastructures des Jeux (Simico).

Cela n’avait pourtant rien d’évident puisque le chantier n’a commencé qu’en février 2024. Et pour cause : en octobre 2023, les autorités italiennes avaient décidé de renoncer au projet, jugé trop coûteux (environ 118 millions d’euros). Il était alors question d’organiser les épreuves dans un pays étranger déjà doté d’une infrastructure adaptée, potentiellement l’Autriche. Un choix « responsable », salué par le CIO, selon qui « ce site devait être reconsidérée puisque son héritage à long terme n’était pas clair ». Le gouvernement a cependant changé son fusil d’épaule dans les semaines suivantes, déterminé à livrer des Jeux «  made in Italy ». Résultat : à peine 300 jours pour préparer la piste, une immense pression sur les épaules et la menace d’une délocalisation des épreuves aux Etats-Unis, à Lake Placid, en cas de retard.

« Notre musée Guggenheim »

Christophe Dubi, directeur exécutif des Jeux, et Kristin Kloster, présidente de la commission de coordination des Jeux d’hiver 2026, ont publiquement rappelé que les délais étaient serrés et que le CIO n’avait « pas recommandé la construction de nouvelles installations ». Malgré les critiques des associations environnementales, les réticences des instances et même un acte de sabotage en février, la piste a répondu aux attentes dans les délais impartis. Le site sera totalement terminé début novembre. Les athlètes pourront alors s’y entraîner pendant dix jours et prendre leurs repères. La Coupe du monde de bobsleigh et de skeleton leur donnera ensuite l’opportunité de la tester en condition de compétition (17-23 novembre). Les responsables politiques italiens n’ont pas laissé passer l’occasion de bomber le torse à l’issue de ce long bras de fer.

« L’histoire est pleine d’Italiens qui ont osé, a commenté le ministre des Transports Matteo Salvini, comparant même l’ouvrage à la coupole de Brunelleschi à Florence. À l’époque, on disait de cette coupole qu’elle ne tiendrait jamais le coup. Six siècles plus tard, elle est encore là. Cela vaudra aussi pour ceux qui disent que ces JO coûtent trop cher. » Luca Zaia, a lui aussi joué allègrement sur la fibre patriotique. Le Centre de glisse « était devenu une décharge à ciel ouvert », souligne le président de la région Vénétie, satisfait de revaloriser ce site historique : « Ce sera notre musée Guggenheim. Les gens viendront de loin pour voir une œuvre qui est un grand exemple d’architecture et d’ingénierie, et la regarder dans cette perspective, pas seulement sportive. » Les deux hommes en ont profité pour faire un pied de nez à « ceux qui prient pour que rien ne se fasse » et « ceux qui disaient que ce serait un échec ». L’Italie voulait sa piste, elle l’aura. Mais le CIO gardera un œil attentif sur ce dossier, notamment quand il s’agira de faire le bilan et de parler d’héritage.