Le sujet figure en bonne place parmi les dossiers prioritaires d’Edgar Grospiron : quelles disciplines intégrer au programme des Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes françaises ? David Lappartient, président du CNOSF, a publiquement insisté sur l’intérêt du cyclo-cross et du cross-country. Le freeride, le ski-alpinisme, le ski de vitesse et le télémark font également partie des candidats. Un casting où le télémark ne part pas favori, mais jouit de certains arguments.
Plus dynamique, plus télévisuel
Les présentations s’imposent. « C’est une discipline très ancienne au niveau international, qui a aussi pas mal évolué ces dernières années. Il y a une Coupe du monde et des Championnats du monde aujourd’hui, mais ça n’a pas toujours été le cas », contextualise Pierre Mignerey, directeur technique national de la Fédération française de ski (FFS). La FIS ne gère le télémark que depuis 1995. Un exemple du retard de la discipline : les athlètes utilisent des skis de géant, et pas de matériel spécifiquement adapté à leur pratique. « Il n’y a pas de fabricants qui réfléchissent dessus au jour le jour. En termes de marché, cela reste limité », nous confie le DTN.
Pour se développer, la discipline s’est réinventée ces dernières années. La FIS lui a accordé plus de moyens en développant les staffs chargés d’organiser le circuit. « Ça se structure petit à petit pour professionnaliser et travailler sur la notion d’événementiel. Cette dimension est bien mieux prise en compte au niveau international », confirme Pierre Mignerey. Le télémark a aussi, et surtout, adopté les formats du sprint parallèle et du sprint parallèle par équipe, plus dynamiques et spectaculaires : « Le télémark est très ancien donc il peut être considéré par certains comme un peu vieillissant mais si on s’intéresse aux compétitions, on se rend compte que ces nouveaux formats sont plutôt porteurs. »
« L’objectif du monde du télémark dans la perspective des Jeux, c’est de jouer sur ces épreuves dynamiques qui correspondent aux formats susceptibles d’intéresser le CIO. Des formats plus courts, plus dynamiques, plus télévisuels », poursuit le DTN. Le sprint parallèle et le sprint parallèle par équipe avaient déjà été proposés pour intégrer le programme des Jeux de Pékin 2022. La FIS avait même appuyé dans ce sens, mais sans réussir à convaincre le CIO, qui avait préféré intégrer le big air et des épreuves mixtes en ski freestyle, en saut à ski, en snowboard cross ou encore en short track.
La FFS vise un triplé
La discipline pourra-t-elle enfin monter à bord du train olympique en 2030 ? « On la défend parce que c’est une discipline traditionnelle, et sur laquelle nous avons des résultats », confie Pierre Mignerey. L’équipe de France a en effet décroché huit médailles aux Championnats du monde 2025, disputés à domicile, aux Contamines-Montjoie (Haute-Savoie). L’argument n’est pas le plus important, mais il pourrait tout de même entrer en ligne de compte dans la réflexion du COJOP. « Vu le laps de temps qu’il nous reste, c’est important d’être déjà performant. Monter des programmes de A à Z pour atteindre le plus haut niveau en cinq ans, c’est compliqué. En tant que fédération, le télémark ne peut qu’avoir notre soutien. » Le ski de vitesse et le freeride l’ont aussi, puisque ces deux autres disciplines sont placées sous l’autorité de la FFS avec, là encore, des résultats probants sur la scène internationale.
« On argumentera pour les trois et on verra bien ce qui arrivera. Si tout va pour le mieux, on intègre les trois ! Sinon, on prendra ce qui sera décidé, et ça ne veut pas dire qu’on abandonnera celle qui ne sera pas prise. » Au-delà des Jeux, l’avenir passera justement par l’obtention du statut de discipline de haut niveau. La FFS avait reçu un refus du ministère des Sports lors de sa dernière demande en 2022. Elle essayera à nouveau l’an prochain, à l’issue des Jeux de Milan-Cortina 2026. « Si on veut développer la discipline et accélérer, il faut qu’on ait cette reconnaissance. Cela nous permettra de donner de la souplesse à nos dispositifs pour mieux accompagner les athlètes », argumente le DTN. D’ici là, le télémark sera déjà fixé sur sa présence ou non aux Jeux de 2030. « En sachant qu’intégrer le programme olympique, d’une manière quasi naturelle, permettrait une reconnaissance de haut niveau. »