Le pentathlon moderne entre dans une nouvelle ère cette semaine. Pour la première fois, la catégorie Elite se confronte au format sans l’équitation, remplacée par l’obstacle, à l’occasion de l’étape de Coupe du monde du Caire jusqu’à samedi. Le président de l’Union internationale de pentathlon moderne (UIPM), l’Américain Robert Stull, s’est longuement confié à FrancsJeux il y a quelques jours. Après une première partie d’entretien consacrée à l’orientation de son mandat, à l’eSport et aux Jeux olympiques de Los Angeles 2028, l’ancien athlète explique cette révolution.
Était-ce personnellement douloureux de retirer l’équitation du pentathlon moderne ?
J’ai concouru avec des chevaux, j’ai grandi avec eux et j’ai adoré ça. Cependant, il fallait s’adapter. Le changement fait partie de la vie. Si vous ne changez pas, vous êtes un dinosaure et vous mourrez. Il faut évoluer avec le temps. Le monde a changé. Personnellement, c’est comme quand j’ai dû me séparer de ma toute première voiture : c’était dur, je ne voulais pas la laisser partir, mais j’en ai eu une autre qui était plutôt cool. J’ai pris beaucoup de plaisir à mon époque, mais c’était mon pentathlon. La jeunesse d’aujourd’hui a maintenant le sien. C’est différent, mais c’est toujours le pentathlon et cela suit toujours les principes de Coubertin. Cela faisait partie de nos principaux critères, rester fidèle à cet idéal et aux raisons pour lesquelles Coubertin a créé les Jeux. Moi-même, je peux faire de l’obstacle. Pas très rapidement, bien sûr, mais je peux ! C’est ce que j’aime avec le parcours d‘obstacle. Je ne serai pas très rapide, et ce ne sera pas très beau, mais je peux le faire. Je trouve ça cool. Et les jeunes adorent.
Le pentathlon moderne a été calqué sur les disciplines essentielles aux soldats. Vous ne craignez pas de perdre ce qui fait l’identité de ce sport ?
Non, je pense que c’est l’inverse. Dans n’importe quelle caserne militaire, aujourd’hui, il y a un parcours d’obstacle. Il y en a partout. Notre siège est à Monaco et il y en a un tout près. Je n’y avais jamais fait attention, mais il est là depuis un bon moment ! Dans les académies pour policiers et pompiers, il y en a aussi. Aujourd’hui, vous trouvez des parcours d’obstacles là où sont les militaires. Cela fait partie de leur entraînement. Il n’y a plus beaucoup de chevaux utilisés dans l’armée de nos jours. Il y a beaucoup plus de parcours d’obstacles. Dans le mouvement olympique, nous sommes des leaders en termes d’innovation. C’est un changement monumental. Je crois que nous sommes parmi les leaders, au sein du mouvement olympique, pour reconnaître ce dont la jeunesse a besoin et souhaite, pour les intéresser. L’olympisme va bien au-delà du sport, il est question de santé, de bien-être, de pousser les gens à se lever du canapé et à être actifs. C’est important pour la société. C’est l’une des raisons clefs pour lesquelles nous avons adopté ce changement.
C’était vital pour l’avenir de votre sport ?
Oui, je crois que c’était clair. Nous devions nous adapter à un monde en changement. Il y avait beaucoup de raisons. D’abord, l’équité. Je vois la situation entre l’athlète et le cheval comme un mariage : il n’y a pas de mauvais cheval, mais le mariage entre le cavalier et le cheval peut ne pas fonctionner. Comme un couple, parfois ça ne fonctionne pas mais ça ne veut pas dire que vous êtes de mauvaises personnes. Un certain cheval va convenir à un cavalier mais pas à un autre. C’est comme ça. Avec le tirage au sort, c’était une loterie. Moi-même, j’ai perdu des opportunités de médailles comme ça, particulièrement à Barcelone. Je savais que cela pouvait arriver, cela faisait partie du jeu. Mais l’obstacle retire cet aspect : désormais, tout est entre les mains des athlètes. Il y avait un argument d’équité, un argument d’accessibilité, de coût. En fait, c’était le moment d’aller de l’avant. Il nous fallait un événement adapté à l’ère moderne. C’est le nouveau pentathlon moderne, ou le pentathlon moderne moderne (rires). Je suis excité de voir ça. Ce que j’aime, c’est que je vois le sourire des enfants et des jeunes. Les gens peuvent faire de l’obstacle, ils n’ont pas peur. Avec les chevaux, il y avait une part de crainte parfois. J’adore les chevaux mais c’est comme ça, nous nous adaptons. Il fallait changer, nous l’avons fait.
Les événements majeurs du calendrier ont principalement lieu en Europe. L’introduction de l’obstacle peut-il permettre au pentathlon moderne de se développer géographiquement ?
Oui, c’est très intéressant de voir que désormais, nous avons beaucoup plus de candidats pour organiser des compétitions. Cette année, nous avons des hôtes plutôt habituels, classiques, car les attributions ont eu lieu il y a un certain temps. A partir de 2026, mais plus certainement à partir de 2027 et 2028, on verra beaucoup de nouveaux visages, de nouvelles villes, qui vont nous permettre de gagner encore en universalité et en équilibre géographique. Nous essayons d’augmenter le nombre de nos événements. Actuellement, au niveau senior, nous avons cinq étapes de Coupe du monde et les Championnats du monde, donc six événements majeurs. Il faut plus d’opportunités de compétition pour les athlètes tout au long de l’année. Nous serons plus présents sur le continent américain, et pas uniquement en Amérique du Nord. Évidemment, les États-Unis sont de retour dans le jeu avec la perspective des Jeux de Los Angeles, ils accueilleront beaucoup plus de compétitions dans les années à venir. Nous avons aussi de l’intérêt de la part du Guatemala, de Cuba et de villes comme Rio, Santiago ou Lima. Elles sont toutes capables, et intéressées, pour organiser des compétitions. En Asie, plusieurs villes chinoises et le Japon sont également là. En Afrique, il y a évidemment l’Égypte, qui est une force motrice et qui organise beaucoup d’événements.
On peut aussi imaginer que l’Afrique du Sud surfera sur l’organisation des Championnats du monde U17 ?
Tout à fait, nous sommes très enthousiastes à l’égard de cet événement. Les responsables sud-africains sont très proactifs, ils veulent organiser des compétitions de niveau international. Nous en sommes ravis. L’organisation de compétitions de niveau élite sur le continent repose sur le nord de l’Afrique et sur l’Afrique du Sud pour l’instant. Ensuite, il faut aller plus loin. Les perspectives sont intéressantes. Il ne faut pas oublier l’Océanie, avec Brisbane 2032. Nous avons des nouvelles marques d’intérêt de la part de l’Australie, bien sûr, mais pas seulement, aussi des îles autour. Ça me plaît beaucoup : je suis frileux, donnez-moi du soleil, du sable, des noix de coco ! C’est cool de voir à quel point le mouvement olympique a pris racine dans ces territoires. Je suis responsable d’un sport unique, qui attire des personnes uniques, spéciales. Nous sommes une option. C’est ce que nous voulons que le monde sache. Si vous êtes père et que vous essayez d’orienter votre enfant vers quelque chose, la bonne réponse serait probablement : « Essaye autant de choses que possible. Tu trouveras quelque chose que tu aimes vraiment. » Il se trouve que le pentathlon en offre beaucoup, alors nous vous accueillons les bras ouverts !